Cet album a été réalisé en couleur directe à l’aquarelle, ce qui produit de beaux effets colorés. Évidemment à l’impression, on n’a jamais exactement la couleur de l’original mais le résultat est magnifique. Yan Lindingre est à l’origine de ce projet. C’est lui qui a vu l’opportunité d’associer Jean-Christophe Chauzy à Pierre Pelot. Pierre est quelqu’un qui maîtrise le polar pour avoir déjà adapté de grands auteurs du roman de genre français.

Les situations dans cette histoire sont atroces, c’est vraiment une histoire noire, noire. Jean-Christophe a essayé de coller au mieux à ce qu’il percevait de cette histoire, qui a déjà été adaptée en film par Gérard Krawczyk en 1987. Le film a fait un tabac à l’époque ! Mais la fin du film est beaucoup moins sombre. Ceci étant donné que la bande dessinée est moins soumise à la gestion du « grand public », c’est un passage souvent obligé au cinéma. Un romancier ou un auteur est toujours plus à l’aise avec une adaptation en bande dessinée plutôt qu’au cinéma. C’est une meilleure garantie pour lui que son boulot ne soit pas déformé.

Dans cette histoire, il y a beaucoup de champs-contrechamps, beaucoup de discussions, il faut très souvent montrer les visages. Les personnages sont des gens difficiles à aimer, c’est un quart-monde terrifiant. Mais ils se sauvent eux-mêmes, car ils ont tous été bousillés, abîmés par la vie d’une manière ou d’une autre. Lilas est une fille jolie, et tout le monde n’en veut qu’à son cul. Les autres sont des cas à part. L’un s’est fait sauter la cervelle, l’autre s’est fait arracher la main, le troisième a trop picolé. Leur présence gestuelle et leur bouille les rendent plus proches de nous.

L’album fait plus de cent pages, ce qui permet de laisser de vraies respirations et de prendre le temps de présenter les personnages. La première séquence fait vingt-cinq pages. Le premier quart du livre qui se passe dans le jardin. Cette première partie est extrêmement bavarde. Mais chaque élément permet à l’histoire d’avancer et à chaque personnage de se bâtir. C’est dans les zones muettes que le drame arrive ou que les péripéties se déploient. Les protagonistes parlent énormément, mais ils ne s’écoutent pas. Il y a des séquences super drôles entre Lilas et Fane. Elle, elle pense à sa légitimité comme femme de Fane et pas comme la pute du quartier, tandis que lui pense à tout ce à quoi il va devoir réfléchir pour résoudre tous les problèmes qui se posent à lui, écrire un livre, montrer au monde qu’il n’est pas un toquard, … Chacun joue sa partition sans écouter l’autre, c’est assez croustillant. Fane, c’est la gueule cassée qui essaie d’accéder à l’amour. C’est un rôle assez sinistre au final. Bref, ce sont des luttes de pouvoir, des luttes de possession entre cloportes. Lilas est le déclencheur de l’histoire. Candide, naïve et innocente, c’est elle qui fait tout péter parce qu’elle porte cette charge en elle. Dans cette histoire, les auteurs vous montrent un microcosme qui se dérègle à cause du désir. Lilas est naturelle et ne pense pas vraiment à mal. Elle s’habille avec des vêtements mini parce qu’elle sait que ça lui va, qu’elle est jolie et qu’elle n’a pas honte de son corps. Sa plus grande beauté, c’est sa candeur. C’est le plus beau personnage de l’histoire, même si elle n’est pas très maligne. Elle est plutôt saine car elle a des envies très conventionnelles : un petit mari, un petit pavillon avec jardin, … Lilas n’est pas non plus là pour être jetée en pâture aux lecteurs, mais à ses protagonistes, de pauvres jojos qui en ont chié autant qu’elle, mais qui trouvent toujours à se venger sur plus faible. On est ici dans la démonstration de dysfonctionnement des rapports humains.

 

Résumé

Fane hérite d'une maison dans un petit village de province lors d'un été caniculaire. Il hérite également d'une ancestrale querelle de voisinage. La présence de Lilas, magnifique sotte et récente compagne de Fane, aggravera convoitise, jalousie et haine jusqu'au final dramatique et inattendu. Roman de Pierre Pelot écrit en 1980, L'Été en pente douce est devenu culte grâce au film éponyme (avec Pauline Lafont, inoubliable, Jean-Pierre Bacri et Jacques Villeret) qui fêtera au printemps les 30 ans de sa sortie. Pierre Pelot s'est prêté au jeu de la réécriture pour cette adaptation dessinée par Chauzy. Pour l'occasion, les personnages ont été légèrement modifiés et la chute de l'histoire est totalement inédite. Mais l'objet central du récit demeure bien sûr Lilas l'ingénue aux tenues ultra-légères qui charge le récit d'une tension érotique constante. Néanmoins, l'adaptation ne verse jamais dans la pornographie et l'ensemble constitue un superbe album noir et sensuel...

 

 

Les auteurs

Jean-Christophe Chauzy (dessin) :

Jean-Christophe Chauzy conçoit et dessine des ouvrages de bandes dessinées depuis une vingtaine d'années. Il a tout d'abord fait ses premières armes en noir et blanc chez Futuropolis à la grande époque Robial/Cestac pour quatre albums marqués par l'empreinte de la littérature noire qu'il découvrait alors. Puis son entrée chez Casterman à l'aube des années 90 lui a permis de creuser en couleurs vives deux veines différentes mais complémentaires : l'une prolongeant sa passion pour la littérature et le cinéma noirs, le conduisant à des collaborations décisives avec de grands auteurs du genre, Thierry Jonquet (pour "la vie de ma mère", "la vigie", "DRH" et "du papier faisons table rase") et Marc Villard ("rouge est ma couleur", "la guitare de Bo Didlley"). L'autre plus fantaisiste, nourrie d'auto-dérision et d'une vision de la société et des rapports humains désabusée, où l'auto-fiction occupe une place centrale ("parano", "béton armé", "l'âge ingrat"). Récemment, il a réactivé cette veine humoristique pour Fluide Glacial au travers d'une nouvelle série, "petite nature" (trois tomes depuis lors), qui tourne en ridicule son personnage de quadragénaire débordé et humilié. À cette occasion, il a sollicité la collaboration de plusieurs auteurs proches, Zep et Yan Lindingre. Par ailleurs, il enseigne le design graphique dans une école publique parisienne, où il a trouvé en sa collègue Anne Barrois une complice idéale pour scénariser "petite nature" et concevoir pour Dargaud les péripéties de notre bon parisien anachronique, Charles, au Bénin, en pays bien mal connu. Prenant plaisir avec "Bonne arrivée à Cotonou" à dépayser leurs farces, ils comptent bien tous deux continuer à échafauder de concert des histoires drôles et grinçantes.

Pierre Pelot (scénario) :
Pierre Pelot, de son vrai nom Pierre Grosdemange, né le 13 novembre 1945 à Saint-Maurice-sur-Moselle dans les Vosges, est un écrivain français. Il est extrêmement prolifique, on lui attribue près de 200 titres. Il écrit également sous les pseudonymes de Pierre Suragne et Pierre Carbonari.

 

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