Nous sommes en mars 1971, soit douze ans après la première publication de la première planche du petit gaulois (octobre 1959). Et notre héros a fait un sacré chemin depuis, un véritable phénomène éditorial d’après-guerre dont les tirages s’envolent (6000 exemplaires pour « Astérix le Gaulois » en 1960, 1 200 000 pour « Astérix chez les Helvètes » en 1970). Des longs métrage d’animation ont vu le jour et sont des succès au box-office !

Nos ancêtres décalés rajeunissent les adultes en les convertissant à la lecture des bandes dessinées. Le succès est également au rendez-vous à l’étranger, et plus particulièrement en Allemagne. La prépublication de l’aventure « Le Domaine des dieux » a lieu dans l’hebdomadaire « Pilote » du 4 mars 1971 (numéro 591) au 29 juillet 1971 (numéro 612). La première édition de l’album paraît en septembre 1971. Il est tiré à 1 100 000 exemplaires en langue française. « Le Domaine des dieux » est la dix-septième aventure d’Astérix le Gaulois.

En 1971, la France connait une véritable frénésie immobilière avec de grands centres commerciaux et des villes nouvelles qui fleurissent véritablement en périphérie des grandes villes. La première crise pétrolière n’a pas encore frappé et les trente glorieuses semblent ne jamais finir. L’exemple le plus célèbre de ville nouvelle est celui de « Parly 2 » (ouvert en novembre 1969) qui est un ensemble urbanistique associant centre commercial et ville nouvelle. La polémique tourne autour de son nom qui devait initialement se nommer « Paris 2 ». D’ailleurs le général de Gaule déclarât à l’époque « il n’y a qu’un seul Paris ! » (Le général reprenait sans le savoir les mots de César à Anglaigus). L’idée de la nouvelle aventure d’Astérix était née.

Le sujet de cette nouvelle aventure est porteur et permet de développer un thème déjà abordé dans les querelles de voisinage des H.L.M. (Habitation Latine Mélangée) de l’aventure « Astérix gladiateur ». Albert Uderzo raconte : « Nous avions découvert dans des livres d’histoire que les « insulae » étaient déjà des habitations construites à la va-vite pour entasser les Romains les plus pauvres ensemble, et que ces bâtisses s’écroulaient régulièrement. Nous avons donc donné à César l’idée d’ôter l’invulnérabilité du village gaulois en faussant la nature qui l’entourait. ». Une idée finalement assez proche de la réalité puisque l’empereur romain, Jules César en personne, avait l’habitude d’envoyer ses meilleurs urbanistes pour construire des aqueducs ou remodeler certaines cités afin de moderniser les territoires vaincus et aussi afin de rallier les peuples à sa cause.

Les habitations romaines de l’ère antique font l’objet de notes précises et complètes de la part de René Goscinny. Ces notes serviront surtout pour « l’impliable » des planches 25 et 26. De son côté, Albert Uderzo réunit une documentation graphique volumineuse, de nombreux ouvrages illustrés de dessins et photos de maquettes de cités romaines antiques.

Après une solide documentation et un travail de recherche impressionnant, René Goscinny passe à l’étape suivante. Armé de la machine à écrire qu’il a ramené de New York, une Keystone Royal, le sourire accroché aux lèvres, René prend un plaisir fou à rédiger ses scénarios. René témoigne : « Je fais un long résumé de l’épisode, ou plutôt un synopsis. Ce synopsis est assez copieux et divisé en paragraphes, chaque paragraphe représentant à peu près la valeur d’une page dessinée – une planche – de l’histoire. ». René compose, aux commandes de sa machine à écrire, une joyeuse symphonie de cliquetis de clavier. Une fois terminé, ce document passe dans les mains de son complice dessinateur. Albert Uderzo se souvient : « Ce premier jet, il me le donnait à lire et je le lisais comme un livre, en me marrant tellement c’était bon. Il attendait d’ailleurs mon avis avec anxiété, et j’en ai profité pour lui faire une blague imbécile que je raconte souvent. J’étais à la campagne et un synopsis est arrivé en retard. Il m’a téléphoné : « Et alors ? » Et j’ai fait : « Ouais, bof ! »… Silence de mort à l’autre bout du fil. Là, j’ai senti que j’allais trop loin : « Mais non, couillon ! C’est bon, comme d’habitude, c’est extraordinaire ! » Il m’a engueulé, mais alors gravement : « Ne me fais plus jamais de blagues comme ça ! » Il était excessivement sensible à la critique et je me suis bien gardé de recommencer ce genre de plaisanterie. ».

René Goscinny était extrêmement pointilleux et rigoureux dans son travail. Il a bâti une solide réputation dans le milieu professionnel car il était le seul à faire des paragraphes aussi détaillés dans les synopsis. Dans son scénario, René insiste aussi beaucoup sur le danger que représente la raréfaction des sangliers dans la forêt suite aux constructions massives des romains en périphérie du village des irréductibles gaulois. Albert Uderzo et René Goscinny peuvent être fier du travail accompli.

Quand Albert lisait le scénario de René, il s’amusait beaucoup, et lorsque René découvrait les planches d’Albert, il riait énormément. René racontait d’ailleurs : « J’aime bien Uderzo; c’est un copain, et il est capable de dessiner clairement et avec talent n’importe quoi, jusqu’à et y compris un combat de pieuvres dans de la gelée de groseilles. ». De son côté, Uderzo avoue que la seule chose qui l’ait paralysé était de dessiner une armée romaine. « Cela amusait énormément René qui savait que j’allais ramer sec et en rajoutait une louche en mettant dans le scénario qu’Obélix devait démolir une légion romaine à lui tout seul… Là, quand vous êtes face à votre page blanche, vous vous demandez comment dessiner une armée de cent types habillés en Romains. ». Albert Uderzo travaille par demi-planches qui ont le format d’une feuille A3. Et c’est lui-même qui trace les cases avec une règle graduée, page après page. La première étape consiste à dessiner sa planche au crayon. « Parfois, j’ai envie de tout dessiner au crayon. Mon rêve serait de ne pas avoir à refaire un encrage pour obtenir une planche beaucoup plus graphique. ».

« Je dessine d’abord toute ma planche au crayon. Ensuite, pour ne pas effacer le crayon avec ma main, je passe à l’encre en commençant par le bas, et je remonte. Mais avant de passer à l’encre je fais le lettrage et le cadrage. ». Albert Uderzo dessine puis encre ses lettrages à la main. Il se permet toutes les audaces dans la transcription des textes de son ami René.  « J’ai toujours aimé jouer avec la façon d’utiliser un texte. La lettre en bande dessinée donne lieu à un caractère très particulier qui pourrait être inscrit d’ailleurs dans les caractères d’imprimerie. En bande dessinée, en général, tout ce qui est ligne verticale est en fin, tout ce qui est ligne horizontale est en plein, c’est ça qui donne son caractère particulier à la lettre. Moi, quand je lettrais, je travaillais avec des plumes « de ronde », pas trop larges, mais avec un plat, qui permettaient justement de jouer sur le rectiligne fin et épais en fonction de la position de la plume, et c’était très plaisant. ». Les couleurs du Domaine des dieux sont réalisées à la gouache, directement sur des « bleus de coloriage ». Les bleus sont des reproductions des planches encrées sur lesquelles le trait est imprimé en bleu-gris pâle. Pourquoi en bleu-gris pâle allez-vous demander ? Parce que simplement, le gris-bleu pâle ne bave pas comme le ferait un noir si un décalage intervenait entre le trait et la couleur lors de l’impression sur les grandes rotatives de l’époque.

Parmi les personnalités célèbres représentées dans l’album, nous retrouvons ici « Guilus » sous les traits de l’animateur vedette de télévision française de l’époque : Guy Lux.

Liens vers l'album


Astérix - Le domaine des Dieux - n°17
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